Abeille butinant une fleur mauve
Guide complet

La santé des abeilles : varroa, frelon asiatique et maladies du couvain

Les menaces qui pèsent sur vos colonies et comment y faire face : varroa, frelon asiatique, loques, nosémose, fausse teigne, et les causes de mortalité hivernale.

Mis à jour le 26 octobre 2026 · Par Samuel Fedorawiez · 10 min de lecture

La plupart des colonies qui meurent ne meurent pas de vieillesse. Elles meurent de faim, de varroa, ou d’une maladie détectée trop tard. La bonne nouvelle, c’est que la plupart de ces causes se préviennent par une surveillance régulière et quelques gestes simples. Ce guide présente les menaces principales, de la plus fréquente à la plus rare, et ce que vous pouvez faire contre chacune.

Le varroa, l’ennemi numéro un

Ce qu’il est

Varroa destructor est un acarien de 1 à 2 mm, de couleur brun-rouge, arrivé en France au début des années 1980. Il vit sur les abeilles adultes et se reproduit dans les alvéoles de couvain operculé, de préférence le couvain de mâles. Il affaiblit les abeilles en se nourrissant de leurs tissus graisseux, et surtout il leur transmet des virus, dont celui des ailes déformées.

Sans traitement, une colonie infestée meurt en général en deux à trois ans. Aucune colonie de France n’en est indemne : la question n’est pas de savoir si vos ruches ont du varroa, mais combien.

Le surveiller

On ne traite bien que ce qu’on mesure. Trois méthodes existent :

  • Le comptage des chutes naturelles sur le tiroir d’un plancher grillagé, graissé ou recouvert d’une feuille collante, pendant quelques jours. Simple, mais imprécis.
  • Le comptage au sucre glace : on prélève environ 300 abeilles sur un cadre de couvain dans un bocal, on les saupoudre de sucre glace, on secoue, et on compte les varroas qui tombent à travers le couvercle grillagé. Les abeilles survivent.
  • Le lavage à l’eau savonneuse, décrit par le GDS France, plus précis mais qui tue l’échantillon d’abeilles. Ses seuils sont différents de ceux du sucre glace.

Comme repère, la fiche technique n° 6 du GDS France indique, pour le test au sucre glace, qu’à partir de 3 varroas pour 100 abeilles il faut prévoir un traitement, et qu’au-delà de 5 il y a urgence. Ces seuils restent indicatifs, et la fiche rappelle qu’il n’existe pas de consensus : votre groupement de défense sanitaire connaît la situation locale.

Faible Prévoir un traitement Urgence moins de 23 à 5plus de 5 varroas pour 100 abeilles, test au sucre glace
Repères du GDS France pour le test au sucre glace. Il n'existe pas de consensus officiel : demandez l'avis de votre GDS.

Le traiter

Seuls les traitements disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’abeille sont autorisés en France. Les plus utilisés sont :

  • L’amitraze en lanières (Apivar, Apitraz), à poser après la dernière récolte, pour la durée indiquée sur la notice : 10 à 12 semaines pour Apivar, 6 semaines pour Apitraz selon les fiches du GDS France ;
  • Le thymol en plaquettes ou en gel, efficace seulement par temps doux, entre 15 et 30 °C pour Apilife Var ;
  • L’acide formique, qui agit aussi dans le couvain operculé, mais demande des températures précises ;
  • L’acide oxalique, en dégouttement ou en sublimation, très efficace sur une colonie sans couvain, donc en hiver.

Les règles à respecter : toujours après la dernière récolte, jamais avec les hausses en place, en respectant la dose et la durée de la notice, en traitant toutes les ruches du rucher en même temps, et en alternant les substances d’une année sur l’autre pour éviter les résistances. Le GDS France recommande que le traitement principal commence entre la fin juillet et le début de septembre, et avant le 15 septembre. Notez chaque traitement dans votre registre d’élevage.

Le calendrier de lutte et le mode d’emploi de chaque traitement sont dans Varroa : comprendre, compter et traiter avec les traitements disposant d'une AMM.

Gros plan d'abeilles ouvrières sur un rayon
Le varroa se voit parfois à l'œil nu sur le dos des abeilles : un petit disque brun-rouge.

Le frelon asiatique

La menace

Vespa velutina est arrivé en France vers 2004 et s’est répandu dans presque tout le pays. Il chasse les abeilles en vol stationnaire devant l’entrée des ruches, surtout de la fin de l’été à l’automne. Les abeilles, terrorisées, cessent de sortir butiner : c’est ce qu’on appelle la paralysie de butinage, qui empêche la colonie de faire ses réserves d’hiver.

Il se distingue du frelon européen, plus gros et à l’abdomen largement jaune, par sa couleur très sombre, une bande orangée au bout de l’abdomen et le bout des pattes jaune.

Se protéger

  • Le piégeage de printemps des reines fondatrices est très répandu, mais le Muséum national d’histoire naturelle rappelle que son efficacité n’est pas démontrée et que les pièges courants capturent surtout d’autres insectes. Si vous piégez, faites-le près des ruchers, avec un piège réellement sélectif, selon les consignes locales.
  • Les protections d’entrée (grilles à larges mailles, muselières) réduisent la prédation devant la ruche.
  • Les harpes électriques ou les pièges devant le rucher en été et à l’automne.
  • Le signalement des nids à votre mairie ou à la plateforme de votre département, pour leur destruction par un professionnel. N’essayez pas de détruire un nid vous-même.

Tout le détail, avec ce que dit le Muséum sur le piégeage, est dans Frelon asiatique : le reconnaître, protéger ses ruches et faire détruire les nids.

Les maladies du couvain

La loque américaine

C’est la plus grave. Causée par une bactérie, Paenibacillus larvae, elle tue les larves dans leurs alvéoles operculées. Signes : couvain irrégulier, opercules affaissés, sombres et percés, odeur désagréable, et surtout une larve morte qui s’étire en filament brun quand on y plonge une allumette.

La loque américaine est une maladie réglementée : sa suspicion doit être déclarée à la direction départementale chargée de la protection des populations (DDPP). Ne déplacez ni la ruche ni son matériel, et contactez votre groupement de défense sanitaire.

La loque européenne

Moins grave, elle touche les larves avant l’operculation. Elles prennent une couleur jaunâtre et une position anormale dans l’alvéole. Elle apparaît souvent sur des colonies affaiblies, au printemps. Un changement de reine et un renouvellement des cadres suffisent souvent.

Le couvain plâtré

Un champignon transforme les larves en petites momies blanches ou grises, dures comme de la craie, que les abeilles sortent de la ruche. On en voit sur le plancher et devant l’entrée. Il signale souvent une ruche humide ou une colonie faible. Améliorez l’aération, changez la reine si le problème persiste.

Le couvain sacciforme

Un virus qui transforme les larves en petits sacs remplis de liquide. Généralement passager.

Les maladies des abeilles adultes

  • La nosémose, causée par des champignons microscopiques, provoque des diarrhées visibles sur la façade de la ruche et sur les cadres, surtout en fin d’hiver. Elle affaiblit la colonie mais se traite surtout par la prévention : ruche saine et sèche, réserves de qualité, reine jeune.
  • La paralysie chronique, d’origine virale, se voit par des abeilles noires, luisantes, qui tremblent et rampent devant la ruche.
  • Le virus des ailes déformées, transmis par le varroa : des abeilles naissent avec des ailes froissées et inutilisables. C’est le signe d’une infestation de varroa trop élevée.

Les autres ennemis

  • La fausse teigne : ses chenilles creusent des galeries dans la cire, surtout dans les cadres stockés et dans les colonies faibles. Stockez vos cadres au frais et à l’aération, et ne laissez pas de colonie faible avec trop de cadres vides.
  • Le petit coléoptère de la ruche (Aethina tumida) : absent de France à ce jour, il est réglementé. Toute suspicion doit être déclarée.
  • Les mulots, musaraignes et pics en hiver : une grille d’entrée et un grillage autour des ruches suffisent.
  • Le pillage entre colonies, quand une colonie forte vole les réserves d’une faible. Réduisez les entrées, et ne laissez jamais de sirop ou de miel accessibles au rucher.

La mortalité hivernale

Chaque année, beaucoup de colonies disparaissent pendant l’hiver. Les causes les plus fréquentes, dans l’ordre :

  1. Le varroa et les virus qu’il transmet, surtout si le traitement d’été a été posé trop tard ou n’a pas suffi.
  2. La famine, parfois à côté de réserves que la grappe n’a pas pu atteindre par grand froid.
  3. Une reine défaillante ou absente à l’automne.
  4. Une colonie trop faible à l’entrée de l’hiver.
  5. L’humidité et le manque d’aération.

Ouvrir une ruche morte au printemps permet souvent d’en comprendre la cause. Le diagnostic, et comment éviter que cela se reproduise, sont dans Ma colonie est morte cet hiver : lire la ruche pour comprendre pourquoi.

Les réflexes sanitaires

Quelques habitudes suffisent à éviter la plupart des problèmes :

  • surveiller le varroa au moins trois fois par an, et traiter au bon moment ;
  • renouveler deux ou trois cadres de corps par an, pour ne pas garder de vieilles cires chargées de spores et de résidus ;
  • renouveler les reines tous les deux ou trois ans ;
  • ne jamais introduire dans votre rucher du matériel, des cadres ou des essaims d’origine inconnue sans précaution ;
  • tenir votre registre d’élevage à jour, avec les traitements et leurs dates ;
  • adhérer à un groupement de défense sanitaire apicole, qui vous donne accès aux traitements à meilleur prix et à des conseils ;
  • en cas de doute, demander l’avis d’un technicien sanitaire apicole ou d’un vétérinaire.

Le calendrier sanitaire de l’année

Période Gestes sanitaires
Février à mars Soupeser, observer l’entrée, première visite rapide par temps doux
Avril à mai Visite complète du couvain, premier comptage varroa, renouvellement de cadres
Juin à juillet Comptage varroa avant la dernière récolte, surveillance de l’essaimage
Fin juillet à début septembre Traitement principal contre le varroa, protection des entrées contre le frelon
Septembre à octobre Vérifier l’efficacité du traitement, la reine et les réserves, réunir les colonies faibles
Novembre à janvier Ne plus ouvrir, protéger des rongeurs et du vent, traitement d’hiver hors couvain si conseillé

Le détail mois par mois est dans notre Le calendrier de l'apiculteur : que faire au rucher, mois par mois.

Questions fréquentes

Faut-il adhérer à un GDS ?

Ce n’est pas obligatoire, mais c’est très utile. Un groupement de défense sanitaire apicole vous donne accès à des traitements disposant d’une AMM, souvent à meilleur prix, à des conseils adaptés à votre secteur, et parfois à des visites de techniciens sanitaires.

Puis-je acheter un traitement contre le varroa en jardinerie ?

Achetez uniquement des produits disposant d’une AMM pour l’abeille, chez un vétérinaire, un pharmacien, ou par votre GDS. Méfiez-vous des produits vendus en ligne sans AMM, même présentés comme naturels.

Que faire si je trouve une ruche morte ?

Fermez-la tout de suite pour éviter le pillage, ne réutilisez rien, et examinez-la au calme. Notre guide Ma colonie est morte cet hiver : lire la ruche pour comprendre pourquoi vous explique comment lire une ruche morte.

Qui appeler en cas de doute ?

Votre GDS apicole, un technicien sanitaire apicole ou un vétérinaire. Pour une suspicion de maladie réglementée, la DDPP de votre département.

Récapitulatif

  • Varroa : comptez, traitez juste après la dernière récolte avec un traitement disposant d’une AMM, vérifiez.
  • Frelon asiatique : protégez les entrées, faites détruire les nids, restez prudent sur le piégeage de printemps.
  • Loques : surveillez le couvain, déclarez toute suspicion de loque américaine, ne soignez jamais seul.
  • Hiver : des colonies fortes, avec assez de réserves et une jeune reine.
  • Toujours : registre à jour, matériel d’origine connue, essaims et reines achetés chez des professionnels identifiés.

Vérifiez vos sources

Beaucoup d'informations fausses circulent sur les abeilles, en ligne comme au rucher. Les règles et les recommandations évoluent : avant d'agir, recoupez toujours avec une source officielle, votre groupement de défense sanitaire ou un rucher école. Ce guide a été vérifié en octobre 2026.

Sources consultées

Portrait de Samuel Fedorawiez

Un mot de l'apiculteur

Samuel Fedorawiez

Apiculteur professionnel dans l'Eure, éleveur d'abeilles Buckfast chez Mes Abeilles

Merci de m'avoir lu jusqu'ici. Ces conseils, je les applique dans mes ruchers, et les abeilles m'apprennent encore quelque chose à chaque saison. Si vous débutez, ne restez pas seul : un rucher école ou un apiculteur près de chez vous vous fera gagner beaucoup de temps.

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Dans le dossier « Santé »