L’essaimage est le mode de reproduction naturel des colonies d’abeilles. C’est un spectacle magnifique. Pour l’apiculteur, c’est aussi la moitié de la population, souvent plus, et la récolte de printemps qui s’envolent en quelques minutes. On ne supprime jamais totalement l’instinct d’essaimage, mais on peut le limiter fortement en comprenant ce qui le déclenche et en agissant au bon moment. Voici ce que nous faisons dans nos ruchers chaque printemps.
Pourquoi une colonie essaime
Plusieurs facteurs se combinent, surtout d’avril à juin :
- le manque de place : le couvain occupe tout le corps, et les rayons du bord sont pleins de miel et de pollen, sans place pour pondre ;
- une forte population de jeunes abeilles qui n’ont plus de couvain à nourrir ni de cire à bâtir ;
- une reine âgée, qui diffuse moins de phéromones : les ouvrières la « sentent » moins et préparent sa succession ;
- la génétique : certaines lignées essaiment beaucoup plus que d’autres. C’est un critère de sélection important chez les éleveurs ;
- la météo : quelques jours de pluie en pleine miellée, quand les butineuses restent bloquées à la ruche, suffisent souvent à déclencher l’essaimage.
Le calendrier de l’essaimage
Pour agir à temps, il faut savoir à quel rythme les choses se passent. Une reine se développe en 16 jours : 3 jours d’œuf, environ 5 jours de larve, puis la cellule est operculée vers le 8e jour.
| Ce que vous trouvez | Départ de l’essaim, d’après le MAPAQ |
|---|---|
| Cellule royale avec un œuf | Dans 10 à 12 jours environ |
| Cellule avec une larve dans la gelée royale | Dans 4 à 10 jours environ |
| Cellules royales operculées | Dans 1 à 4 jours, ou déjà parti |
C’est pour cela que les apiculteurs visitent tous les 7 jours au printemps. Une cellule qui avait un œuf lors de la visite précédente ne sera pas encore operculée à la suivante : vous avez le temps d’agir.
Les signes d’un essaimage proche
- Des cellules royales en cours ou operculées, souvent nombreuses, jusqu’à une vingtaine, au bas et sur les bords des cadres. C’est le signe le plus sûr.
- Des cupules contenant un œuf ou une larve dans de la gelée royale.
- Une ponte qui ralentit : la reine s’allège pour pouvoir voler.
- Des abeilles « en barbe », accrochées en grappe devant l’entrée, inactives, par temps chaud.
- Une hausse peu fréquentée malgré une forte population.
- Un butinage qui ralentit : beaucoup de butineuses deviennent des éclaireuses qui cherchent un nouveau logis.
Les gestes pour l’éviter
1. Donner de la place à temps
C’est la mesure la plus efficace, et la plus simple.
- Au printemps, ajoutez des cadres de cire gaufrée en bordure du couvain, jamais au milieu. Les jeunes abeilles ont besoin de bâtir : c’est leur travail, et une colonie qui bâtit essaime moins.
- Posez la hausse dès que la colonie occupe 8 cadres sur 10, sans attendre qu’elle soit pleine.
- Ajoutez une deuxième hausse quand la première est remplie aux deux tiers.
- Si vous avez des cadres bâtis en réserve, utilisez-les dans la hausse : les abeilles montent plus vite.
Voir Quand poser les hausses sur ses ruches ? Les signes, la méthode et la deuxième hausse.
2. Garder des reines jeunes
Une reine de moins de deux ans essaime beaucoup moins. Changez vos reines tous les deux ans, en choisissant des lignées sélectionnées pour leur faible tendance à essaimer, auprès d’un éleveur sérieux. Voir Quand et comment changer sa reine : les signes, la bonne période et la méthode pas à pas.
3. Visiter tous les 7 jours au printemps
De mi-avril à fin juin, ouvrez chaque colonie tous les 7 jours environ, par beau temps. Pas besoin de tout démonter : soulevez le corps par l’arrière, ou sortez quelques cadres au centre et au bord du couvain, et regardez le bas des cadres. C’est là que se cachent les cellules d’essaimage.
4. Casser les cellules royales ?
Détruire les cellules royales ne fait que retarder l’essaimage : la colonie en construit d’autres. Le MAPAQ classe cette méthode comme efficace mais sans garantie, à condition de la répéter tous les 7 jours. Si vous en oubliez une seule, l’essaim part quand même. Et si la colonie a déjà essaimé, vous la privez de toute reine. À réserver aux apiculteurs qui savent bien lire un cadre, et toujours combinée avec un ajout de place.
L’essaim artificiel
Quand une colonie est décidée à essaimer, avec des cellules royales bien avancées, la meilleure solution est de la diviser vous-même. Vous gardez les deux colonies, au lieu de perdre un essaim dans la nature.
La méthode la plus simple, dite « de la vieille reine » :
- Trouvez la reine et placez-la dans une ruchette, avec 2 cadres de couvain operculé, 2 cadres de réserves et les abeilles qui les couvrent. Secouez un ou deux cadres d’abeilles en plus.
- Placez la ruchette à au moins 3 km du rucher pour que les butineuses ne rentrent pas à la ruche d’origine. Si ce n’est pas possible, placez-la dans le même rucher, à quelques mètres, entrée orientée différemment, et secouez-y davantage d’abeilles.
- Dans la ruche d’origine, ne gardez qu’une ou deux cellules royales, les plus belles et les mieux placées, pour éviter les essaims secondaires.
- Complétez les deux ruches avec des cadres de cire gaufrée.
- Laissez la ruche d’origine tranquille pendant trois semaines : la nouvelle reine doit naître, faire ses vols de fécondation vers son 6e jour, puis commencer à pondre. Comptez en général trois à quatre semaines entre la division et les premiers œufs.
La ruchette avec la vieille reine se développe comme un essaim naturel. La colonie d’origine, privée de sa reine, abandonne l’idée d’essaimer.

Si l’essaim est déjà parti
- Regardez autour du rucher : l’essaim est peut-être posé dans un arbre proche. Vous pouvez le récupérer dans une ruchette. Voir Un essaim d'abeilles dans mon jardin : que faire, qui appeler, et ce qu'il ne faut pas faire.
- Dans la ruche d’origine, ne gardez qu’une ou deux cellules royales, pour éviter d’autres essaims plus petits, appelés essaims secondaires.
- Ne cherchez pas la reine pendant trois semaines : la jeune reine doit naître, se faire féconder et commencer à pondre.
- Vérifiez la ponte au bout de trois à quatre semaines. Voir Colonie orpheline : la reconnaître, la confirmer et la sauver.
Questions fréquentes
Une colonie qui a essaimé est-elle perdue ?
Non. Elle a une jeune reine et repart, mais elle produira peu de miel cette année-là. Avec un peu de suivi, elle sera en pleine forme à l’automne.
Couper une aile de la reine empêche-t-il l’essaimage ?
Non, cela empêche seulement la reine de partir avec l’essaim. L’essaim sort quand même, ne peut pas aller loin, et revient à la ruche. Mais il repart souvent plus tard avec une jeune reine. Le MAPAQ classe cette pratique comme partiellement efficace. Nous ne la conseillons pas aux débutants.
Un essaim de l’année peut-il essaimer ?
Rarement la première année, grâce à sa jeune reine. C’est surtout l’essaim hiverné qui demande de la vigilance dès mai. Voir Essaim hiverné ou essaim de l'année : lequel choisir pour débuter ?.
Récapitulatif
- L’essaimage est naturel. Il se prépare en 7 à 12 jours, et l’essaim part souvent quand les premières cellules royales sont operculées.
- Donnez de la place avant que la colonie en manque.
- Gardez des reines de moins de deux ans, de lignées peu essaimeuses.
- Visitez tous les 7 jours de mi-avril à fin juin, en regardant le bas des cadres.
- Si la colonie est décidée, faites un essaim artificiel.
Retrouvez tous nos conseils dans notre guide Les essaims d'abeilles : acheter, installer, récupérer et prévenir l'essaimage.
Vérifiez vos sources
Beaucoup d'informations fausses circulent sur les abeilles, en ligne comme au rucher. Les règles et les recommandations évoluent : avant d'agir, recoupez toujours avec une source officielle, votre groupement de défense sanitaire ou un rucher école. Ce guide a été vérifié en octobre 2026.
Sources consultées




