Rucher en hiver, un sublimateur fixé à l'entrée d'une ruche
Santé

Le traitement d'hiver contre le varroa : quand et comment traiter hors couvain

Pourquoi un traitement d'hiver hors couvain, comment savoir s'il est utile, quand le faire, les deux traitements à l'acide oxalique disposant d'une AMM en France, le dégouttement pas à pas et les protections à porter.

Mis à jour le 3 novembre 2026 · Par Samuel Fedorawiez · 9 min de lecture

En hiver, la reine pond peu ou plus du tout. Pendant quelques semaines, il n’y a presque plus de couvain dans la ruche, et les varroas n’ont plus d’alvéoles operculées où se cacher : ils sont tous sur le dos des abeilles. C’est le moment où un traitement à l’acide oxalique est le plus efficace. Bien fait, ce traitement d’hiver fait démarrer la colonie au printemps avec très peu de varroas. Mal placé, avec du couvain, il perd plus de la moitié de son efficacité. Cet article explique comment choisir le bon moment et appliquer le traitement sans risque, pour vos abeilles comme pour vous.

Pourquoi traiter en hiver

Le varroa se reproduit dans le couvain operculé. Au printemps et en été, une grande partie des varroas d’une colonie est enfermée dans les alvéoles, à l’abri des traitements qui agissent par contact. En hiver, quand la ponte s’arrête, tous les varroas restants se retrouvent sur les abeilles adultes.

L’acide oxalique agit justement sur ces varroas portés par les abeilles, pas sur ceux cachés dans le couvain. La fiche technique du GDS France sur l’Api-Bioxal le résume : son efficacité est excellente en l’absence de couvain, mais elle peut descendre sous 50 % quand il y a du couvain.

Ce traitement sert donc à finir le travail du traitement de fin d’été. Les varroas qui ont survécu à l’automne, ou qui sont arrivés avec des abeilles pilleuses ou dérivées d’autres ruchers, sont éliminés avant que la colonie ne relance son couvain en fin d’hiver.

Faut-il faire un traitement d’hiver ?

Ce n’est pas automatique. La décision se prend avec votre suivi du varroa et l’avis de votre groupement de défense sanitaire (GDS), qui connaît la pression du varroa dans votre secteur.

Plusieurs situations rendent ce traitement très utile :

  • le comptage après le traitement de fin d’été montrait encore trop de varroas ;
  • le traitement de fin d’été a été fait tard, après le 15 septembre, ou avec un produit qui a mal fonctionné ;
  • vos colonies ont subi un pillage à l’automne, ou des ruchers voisins sont peu suivis ;
  • vous ne savez pas où en sont vos colonies, ce qui arrive souvent la première année.

Pour vous faire une idée sans ouvrir, posez le tiroir du plancher grillagé, graissé ou recouvert d’une feuille collante, pendant une semaine en novembre, puis comptez les varroas tombés. Ce comptage est imprécis en hiver, mais une chute régulière de plusieurs varroas par jour doit vous alerter. Voir « Varroa : comprendre, compter et traiter avec les traitements disposant d'une AMM ».

Quand le faire

Le traitement se place pendant la période sans couvain. Dans le nord de la France, elle tombe en général en décembre, après une à deux semaines de froid qui ont arrêté la ponte. Elle varie selon les années, les régions et les colonies.

L’Itsap (Institut de l’abeille) signale que ces périodes sans couvain sont de plus en plus courtes avec les hivers doux, et qu’il devient difficile de trouver un jour où toutes les colonies d’un rucher sont sans couvain en même temps. Quelques centaines de varroas peuvent survivre dans un petit reste de couvain operculé.

Pour choisir le jour :

  • attendez une période de froid d’une à deux semaines, puis visez la première journée calme qui suit ;
  • la fiche du GDS France sur l’Api-Bioxal conseille, pour le dégouttement en hiver, une journée autour de 8 à 10 °C, sans vent ; celle de l’Oxybee demande au moins 3 °C pendant le traitement ;
  • traitez toutes les ruches du rucher le même jour, pour que les colonies traitées ne soient pas réinfestées par leurs voisines.

Les traitements disposant d’une AMM

En France, on ne traite qu’avec un traitement disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’abeille. Pour l’hiver, deux traitements à l’acide oxalique sont décrits par les fiches du GDS France. Aucun des deux ne demande d’ordonnance vétérinaire, et tous deux sont utilisables en apiculture biologique.

Traitement AMM Mode d’application Dose indiquée par la fiche du GDS France Limite d’usage
Api-Bioxal (acide oxalique, Chemicals Laif) FR/V/1748622 6/2015 Dégouttement dans un sirop 50/50, ou sublimation Dégouttement : 5 ml par intercadre occupé. Sublimation : 2,3 g dans l’appareil Pas plus de 2 fois par an, et un seul traitement par hiver
Oxybee (acide oxalique, Dany Bienenwohl) EU/2/17/216/001-002 Dégouttement d’une solution prête à mélanger 5 à 6 ml par intercadre, 54 ml maximum par colonie Une seule fois par génération d’abeilles

La liste des traitements autorisés change : des produits arrivent, d’autres sont retirés. Avant d’acheter, vérifiez qu’il est bien autorisé dans la base de données publique de l’Anses, et demandez l’avis de votre GDS.

Le dégouttement, pas à pas

C’est la méthode la plus simple pour un débutant : on fait couler un petit volume de solution sur les abeilles, entre les cadres. Lisez toujours la notice de votre produit : elle prime sur ce qui suit.

  1. La veille, comptez sur votre fiche de visite le nombre d’intercadres occupés par les abeilles dans chaque ruche. Une colonie d’hiver en occupe souvent 5 à 8.
  2. Préparez la solution selon la notice, avec des gants. Pour l’Api-Bioxal, le produit se dissout dans un sirop 50/50 : 35 g de produit dans 0,5 litre de sirop, de quoi traiter environ 10 ruches.
  3. Gardez la solution tiède, entre 20 et 30 °C. La fiche conseille de la transporter dans une glacière avec des bouteilles d’eau chaude à 30 °C. Une solution froide refroidit la grappe.
  4. Au rucher, enfilez gants, lunettes et masque. Enfumez très peu, ou pas du tout : la grappe doit rester serrée.
  5. Soulevez le toit et le couvre-cadres, sans sortir de cadre.
  6. Faites couler la dose lentement, avec une seringue graduée ou une pipette, sur les abeilles de chaque intercadre occupé, pas sur le bois.
  7. Refermez aussitôt. L’intervention doit durer moins d’une minute par ruche.
  8. Notez la date, le produit, son numéro de lot et la dose dans votre registre d’élevage.
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Le traitement principal se place juste après la dernière récolte. Le traitement d'hiver complète, pendant la courte période sans couvain.

La sublimation

La sublimation consiste à chauffer l’acide oxalique dans un appareil électrique glissé à l’entrée de la ruche : il se transforme en vapeur qui se dépose sur les abeilles. La fiche du GDS France sur l’Api-Bioxal indique 2,3 g de produit par ruche, en suivant les instructions du fabricant de l’appareil.

Elle ne demande pas d’ouvrir la ruche, mais elle exige un appareil adapté, une source d’électricité au rucher, et une protection respiratoire renforcée : la vapeur d’acide oxalique est très irritante.

Sublimateur électrique fixé à l'entrée d'une ruche Dadant
Un sublimateur sur batterie, glissé à l'entrée de la ruche : l'acide oxalique est chauffé et se dépose sur les abeilles.

Pour une première année, le dégouttement est plus simple. Si vous voulez essayer la sublimation, faites-vous d’abord montrer le geste au rucher école.

Se protéger

L’acide oxalique est corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires. La fiche du GDS France demande :

  • des gants et des vêtements résistant aux acides, en nitrile ou ciré ;
  • des lunettes de protection à la norme EN166 ;
  • un masque FFP2, et un masque FFP3 pour la sublimation ;
  • de ne pas jeter les restes de produit dans la nature : rapportez-les en déchetterie.

Gardez de l’eau claire à portée de main pour vous rincer en cas de projection.

Après le traitement

Questions fréquentes

Peut-on traiter s’il reste un peu de couvain ?

Le traitement agira moins bien : les varroas cachés dans le couvain operculé survivront. La fiche du GDS France sur l’Api-Bioxal indique une efficacité qui peut descendre sous 50 % en présence de couvain. Si la période sans couvain ne vient pas, parlez-en à votre GDS plutôt que de traiter deux fois.

Le traitement d’hiver fait-il du mal aux abeilles ?

À la bonne dose, en une seule application et par une journée calme, les colonies le supportent bien. Les problèmes viennent surtout du surdosage, des applications répétées et d’une solution trop froide. C’est pour cela que les fiches limitent le traitement à une fois par hiver.

J’ai une seule ruche, est-ce que ça vaut la peine ?

Oui, si votre suivi le justifie. Le plus petit sachet d’Api-Bioxal traite environ 10 ruches : demandez à votre rucher école ou à votre GDS, qui organisent souvent des achats groupés et des journées de traitement.

Dois-je déclarer ce traitement ?

Tout traitement doit être noté dans votre registre d’élevage : date, produit, numéro de lot, dose, ruches traitées. Ce registre est obligatoire dès la première ruche. Voir « Déclarer ses ruches : l'obligation annuelle, pas à pas, et les autres règles à connaître ».

Récapitulatif

  • Le traitement d’hiver complète le traitement de fin d’été.
  • On traite hors couvain, en général en décembre, après une période de froid, par une journée calme.
  • On utilise un traitement disposant d’une AMM à base d’acide oxalique, une fois par hiver, à la dose de la notice.
  • On traite tout le rucher le même jour, et on se protège : gants nitrile, lunettes, masque.
  • On note tout dans le registre d’élevage, et on recompte au printemps.

Les règles et les traitements autorisés évoluent : vérifiez toujours auprès de votre GDS et des sources officielles avant de traiter. Et si vous débutez, le meilleur conseil reste de faire votre premier traitement d’hiver aux côtés d’un apiculteur expérimenté.

Vérifiez vos sources

Beaucoup d'informations fausses circulent sur les abeilles, en ligne comme au rucher. Les règles et les recommandations évoluent : avant d'agir, recoupez toujours avec une source officielle, votre groupement de défense sanitaire ou un rucher école. Ce guide a été vérifié en octobre 2026.

Sources consultées

Portrait de Samuel Fedorawiez

Un mot de l'apiculteur

Samuel Fedorawiez

Apiculteur professionnel dans l'Eure, éleveur d'abeilles Buckfast chez Mes Abeilles

Merci de m'avoir lu jusqu'ici. Ces conseils, je les applique dans mes ruchers, et les abeilles m'apprennent encore quelque chose à chaque saison. Si vous débutez, ne restez pas seul : un rucher école ou un apiculteur près de chez vous vous fera gagner beaucoup de temps.

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